[La Lettre A]- Fret ferroviaire : les chefs enterrent la hache de guerre et montent au créneau

Face aux puissants lobbies de la route, les entreprises du fret ferroviaire s'organisent pour éteindre leurs rivalités passées. Elles espèrent peser dans les arbitrages de relance à venir à Paris et à Bruxelles et misent sur le transport combiné route-rail.


Pourvoyeuse de catastrophes économiques à venir, la crise du Covid-19 pourrait paradoxalement jouer en faveur du fret ferroviaire. Avec 70 % de trains circulant en moyenne pendant le confinement, la filière – qui a profité d’un réseau libéré des trains de voyageurs – a démontré son utilité pour la continuité des flux agroalimentaires et industriels et souligné son intérêt dans le développement durable. Les entreprises espèrent maintenant profiter du plan de relance et s’organisent pour peser dans les prochains arbitrages, à Paris et à Bruxelles.

 

L’union des forces, enfin

 

En mars, la SNCF et ses concurrents, réunis dans l’Association française du rail (AFRA), se sont associés au sein de 4F (pour Fret ferroviaire français du futur). Cet agglomérat d’acteurs, dont le Groupement national des transports combinés (GNTC) ou encore l’Association française des détenteurs de wagons (AFWP), vise à construire un lobby du fret ferroviaire capable de rivaliser avec ses redoutables homologues du secteur routier.

 

Le changement de gouvernance au sein du groupe public ferroviaire SNCF, avec l’arrivée en novembre de Jean-Pierre Farandou, puis, en janvier, de Frédéric Delorme aux manettes du transport ferroviaire et multimodal de marchandises (TFMM) et de sa filiale Fret SNCF, n’est pas étranger à ce rapprochement. Celui-ci équivaut à un armistice avec l’AFRA, cheville ouvrière de 4F, qui a de surcroît enregistré cette année l’adhésion de VFLI, autre filiale fret de SNCF. Créée en 2009 par les principaux opérateurs alternatifs (Euro Cargo Rail, Veolia Cargo, Europorte, Colas rail, etc.) pour promouvoir leurs intérêts, l’AFRA avait surtout guerroyé à tous les niveaux contre la position hégémonique de la SNCF. […]