Hervé Morin, président du conseil régional de Normandie

Le président du conseil régional de Normandie dénonce la vétusté extrême des matériels et de l’infrastructure, qui a conduit à un allongement progressif des temps de parcours, à des retards chroniques et à la mise en circulation de trains incomplets sur les lignes TET.

copyrights Conseil régional de Normandie

Comment jugez-vous la situation du transport ferroviaire de voyageurs en Normandie ?

En Normandie, la situation désastreuse – c’est un pur scandale – sur les lignes TET à laquelle sont confrontés chaque jour les voyageurs est liée à une vétusté extrême des matériels et de l’infrastructure, qui a conduit à un allongement progressif des temps de parcours, à des retards chroniques, à la mise en circulation de trains incomplets, à la disparition de commodités de base à bord des trains …. Cette situation n’est pas acceptable. Le diagnostic posé par la SNCF elle-même en 2015 est sans appel. Malgré les investissements successifs, de très lourds problèmes persistent. Si l’on prend l’exemple de la ligne Paris-Rouen-Le Havre, entre Mantes et Le Havre, 20% du linéaire de voie présente au moins un composant ayant dépassé sa durée de vie ; les caténaires datent de 1966, et leur renouvellement n’a commencé qu’en 2012 ; la signalisation est âgée de plus de 40 ans …

Cette situation concerne principalement les lignes TET. Le réseau TER fonctionne bien puisque le matériel est beaucoup plus récent. D’ailleurs, la régularité des réseaux TER ex Basse-Normandie et ex Haute-Normandie les positionnent comme les meilleurs de France. Malgré cela, il faut souligner que les TER normands souffrent d’un déficit d’exploitation que nous devons rectifier. Ainsi, la contribution régionale pour couvrir le déficit du réseau TER est de 124,1 M€! Cette situation est d’autant plus dommageable que les investissements des deux anciennes régions dans le ferroviaire ont été très importants. Sur les deux dernières années, pas moins de 165,7 M€ ont été investis ! Hélas, on se rend compte que cet argent public injecté n’a fait que repousser le problème. Il faut donc passer à un autre niveau d’investissement, c’est ce que j’ai demandé à l’Etat. 

Que proposez-vous pour améliorer le fonctionnement et la gestion des trains régionaux ?

L’Etat a annoncé les premières enveloppes pour le renouvellement d’une partie du parc nécessaire à certaines lignes structurantes TET. Pour la Normandie, les 700 millions d’euros nécessaires aux investissements sur Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Rouen-Le Havre correspondent au besoin d’une cinquantaine de rames. La Région attend que l’Etat prenne en charge la totalité de ce besoin d’investissement. Il s’y est engagé, ce dont je me réjouis. La situation actuelle du transport ferroviaire en Normandie, dont le manque d’ambition des précédents exécutifs régionaux est en partie la cause, n’était plus acceptable. Le rapport Duron avait réduit la Ligne Nouvelle Paris-Normandie à peau de chagrin et recommandait la fermeture des gares et la réduction de la fréquence des trains. Notre réponse est, au contraire, l’investissement dans les lignes normandes pour les moderniser et leur impulser une nouvelle dynamique.

Plusieurs mois avant les élections régionales, j’ai donc choisi de proposer une solution claire : le transfert à la région de la compétence sur les TET en contrepartie de la prise en charge intégrale du renouvellement des matériels des lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Le Havre par l’Etat. Actuellement, sur la section Mantes-Paris circulent à la fois des Intercités (AOT Etat), des TER (AOT Région Normandie) et des Transiliens (AOT STIF). L’objectif commun à la Normandie et à l’Ile-de-France est bien entendu de répondre au mieux à l’ensemble de ces besoins. En passant de trois à deux AOT, et en mutualisant l’exploitation entre Intercités et TER, on peut légitimement espérer une optimisation de l’exploitation de cette section de ligne soumise à de fortes contraintes. La question de l’expérimentation d’une mise en concurrence pour certaines lignes TET a été posée par le rapport de la commission Duron sur les TET mais, à ce stade, l’urgence était de démarrer une véritable négociation avec l’Etat autour de la question de la gouvernance des TET. Pour ce qui est du renouvellement des conventions TER, la question qui est posée aujourd’hui est de construire un réseau TER normand unifié avec une seule convention. L’année 2016 sera consacrée à la préparation d’une gestion commune du service d’exploitation TER à l’échelle de la Normandie en prolongeant d’une année la convention conclue par l’ex Région Basse-Normandie et en raccourcissant d’une année celle de l’ex Région Haute-Normandie, de façon à négocier une nouvelle convention TER Normandie pour un début d’exécution au 1er janvier 2018.

Quelle serait selon vous la bonne stratégie pour assurer l’avenir des TER et des TET ?

Près de 15 ans après la régionalisation des transports ferroviaires, force est de constater que le succès est au rendez-vous, même si la dérive des coûts montre les limites du système. En effet, l’objectif est d’améliorer l’offre et la qualité de service tout en maitrisant les coûts pour la collectivité. C’est la raison pour laquelle je suis favorable à des expérimentations d’ouverture à la concurrence sur de petits trajets. Mais il faut auparavant une clarification juridique de l’Etat pour confirmer que le règlement européen OSP s’applique de plein droit en France et que les régions peuvent effectivement lancer des appels d’offres concernant l’exploitation de leur transport ferroviaire régional de voyageurs. Des expérimentations permettraient de s’assurer que l’ouverture à la concurrence est effectivement de nature à améliorer l’offre ferroviaire, à réduire les coûts et à inciter les opérateurs – y compris l’opérateur historique – à faire preuve d’innovation.

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