Bernard Sananès, PDG de la société d’études et de conseil Elabe

Réalisé début novembre par Elabe auprès de 2007 personnes, pour l’Association française du rail, un sondage montre que la satisfaction en matière de transport ferroviaire au niveau régional est faible.

Bernard Savanes

Au vu de l’enquête Elabe, peut-on dire que les usagers sont satisfaits de l’offre de transport ferroviaire en région ?

54% des usagers se déclarent satisfaits du transport ferroviaire pour leur région. C’est un résultat médiocre, notamment si on le compare avec la satisfaction exprimée au niveau national qui se situe à 64%. Il est clair que ce n’est pas le TGV qui est jugé non satisfaisant, mais les trains de proximité. De plus, cette satisfaction est moindre dans les communes rurales (50%) ce qui reflète une insatisfaction en matière de dessertes. Par ailleurs, on constate des disparités entre les régions. Ainsi, le plus fort niveau de satisfaction (de 59 à 66%) est enregistré en Bretagne, Pays de Loire, Nord-Picardie et Grand Est. Deux explications : ces régions sont bien desservies par le TGV ; le train permet à ces usagers d’accéder soit à Paris, soit à des destinations internationales. A l’inverse, la satisfaction est faible en Normandie (41%) qui souffre de problèmes sur la liaison Paris-Le Havre et de l’absence de ligne à grande vitesse. Elle est également réduite en PACA (42%) région de forte conflictualité sociale. Si l’on se tourne vers l’avenir, on constate qu’un petit tiers seulement des sondés (32%) pense que l’offre de transport va « plutôt s’améliorer », signe d’une prise de conscience des contraintes budgétaires et des interrogations concernant une réforme territoriale éloignant beaucoup d’habitants des capitales régionales. Enfin, si l’on demande aux Français les mots qui leur viennent spontanément à l’esprit à propos du transport ferroviaire, on trouve dans l’ordre « retard » (on remarque naturellement ce qui ne va pas), « rapide » (l’impact de la grande vitesse) et « cher » (l’hypersensibilité au pouvoir d’achat en ces temps de crise et la concurrence du co-voiturage).

Comment analysez-vous le plébiscite en faveur de l’ouverture à la concurrence ?

Effectivement, quatre Français sur cinq (79%) considèrent que l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire est « une bonne chose » et même « une très bonne chose » (34%). Ce résultat s’inscrit dans le contexte d’une aspiration générale de la société à plus de souplesse et de liberté. Il découle aussi de la montée en notoriété de l’ouverture puisque 66% des sondés déclarent avoir « entendu parler » de l’ouverture à la concurrence des lignes internationales alors qu’ils n’étaient que 49% lors de la précédente enquête de 2011 (+ 17 %). Il faut également souligner deux points importants. D’une part, l’adhésion à l’ouverture n’est plus idéologique, elle est transpartisane, partout supérieure aux deux tiers des sondés (87% à droite et 68% à gauche). D’autre part, on constate qu’il n’y a pas corrélation entre le degré de satisfaction par rapport à l’offre actuelle de transport et la préférence pour l’ouverture. En d’autres termes, cette préférence ne traduit pas un rejet de l’offre actuelle mais une attitude rationnelle exprimée en termes de bénéfices attendus. A noter qu’à 78%, les Français souhaitent que les régions puissent choisir leurs opérateurs. Comme pour la satisfaction, l’adhésion à l’ouverture est plus ou moins prononcée selon les régions. Elle est très forte (81 à 90%) dans toute la zone Grand Ouest, du pays basque à la Normandie où le dynamisme économique engendre un état d’esprit favorable au changement. Elle est moins forte dans le Grand Est (71%) ou le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (72%), zones où les disparités intra-régionales sont fortes.

Que déduire des attentes concernant l’ouverture à la concurrence ?

82% des sondés pensent que l’ouverture à la concurrence aura pour effet de faire baisser le prix des billets. Ce qui traduit le souvenir des baisses tarifaires engendrées par la libéralisation du transport aérien et des télécoms. Et bien sûr le souci des Français de défendre leur pouvoir d’achat. Ensuite, 78% des sondés estiment que la concurrence permettra de proposer de nouveaux services dans les trains, et 76% qu’elle débouchera sur une meilleure prise en compte des besoins. Des attentes logiques puisque les nouveaux opérateurs auront à l’évidence la préoccupation de séduire et de satisfaire une nouvelle clientèle. En revanche, près de la moitié des Français (46%) pense que l’opérateur historique et les opérateurs alternatifs joueraient un rôle identique en matière d’amélioration de la sécurité des voyageurs dans les trains ou de prise en compte des enjeux climatiques. Les qualités de la SNCF sont également reconnues pour sa capacité d’investissement pour l’entretien et le renouvellement de matériel. Bref, ce que l’on peut dire c’est que la progression de l’idée de concurrence ne se fait pas en réaction contre l’opérateur historique. Mais lorsque ce dernier a sensibilisé l’opinion publique sur le manque de rentabilité de certains services comme les trains de nuit, les sondés attendent massivement (79%) des opérateurs alternatifs qu’ils maintiennent ces services. La concurrence est aussi jugée plus crédible que l’opérateur historique pour résoudre les dysfonctionnements du ferroviaire : fréquence des grèves (39% contre 17%), offre de nouveaux service (36% contre 13%), respect des horaires (35% contre 16%). Au final, 53% pensent que la concurrence aura plus d’avantages que d’inconvénients, contre 20% exprimant une opinion opposée

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