Alberto Mazzola, Responsable des affaires internationales de Ferrovie dello Stato Italiane (FSI)

L’Italie est le seul pays à avoir ouvert à la concurrence ses lignes à grande vitesse au plus grand bénéfice des voyageurs. FSI soutient une complète libéralisation du marché, y compris pour les contrats de service public. Sa filiale Thello opère déjà en France sur Paris-Venise et bientôt Milan-Marseille.

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Alors que l’on discute de la privatisation partielle de FSI, où en est-on de la concurrence sur le marché ferroviaire italien ?

Pour ne parler que du transport des voyageurs, je dois vous rappeler que l’Italie est actuellement le seul pays au monde (seule la Corée du Sud s’y prépare) à avoir ouvert à la concurrence ses lignes à grande vitesse. Depuis deux ans, la concurrence est intense entre notre opérateur public national Trenitalia et la compagnie privée Nuovo Trasporto Viaggiatori (NTV). Et cela pour le plus grand bénéfice de tous puisque le nombre de voyageurs sur la ligne Rome-Milan s’est accru de 15% (et de 6,5% pour Trenitalia).

Par ailleurs, les prix des billets ont diminué de 10% en moyenne avec l’arrivée de la concurrence. Un chiffre est parlant : le tarif moyen du ticket/km entre Rome et Milan est inférieur de 47% à celui du billet TGV Paris-Lyon. En outre, la fréquence des trains à grande vitesse est beaucoup plus grande sur Rome-Milan que sur Paris-Lyon. Enfin, le niveau et la qualité des services se sont considérablement accrus sur Trenitalia puisque nous proposons 4 services différenciés : Executive, Business, Premium et Touristique.

J’ajoute que cette ligne est rentable pour notre compagnie. Et cette liaison va devenir d’autant plus attractive que notre nouveau train « Frecciarossa 1000 », actuellement en phase de test, va entrer en service l’an prochain en Italie. Sa vitesse commerciale sera de 360 Km/h.

Si l’on en vient maintenant aux lignes régionales, je vous dirai que depuis plus de dix ans, les régions sont parfaitement libres de lancer des appels d’offres mais elles n’y sont pas obligées. Plusieurs l’ont fait dans le passé et, actuellement, il y a des appels d’offre en cours. Sur un chiffre d’affaires de 8,329 milliards d’euros, le résultat net de FSI a progressé l’an dernier de plus de 20%, à 460 millions d’euros. Toutes les sociétés du groupe ont contribué aux bons résultats de FSI.

Quelles sont les priorités de la présidence italienne sur le quatrième paquet ferroviaire européen ?

Les discussions sur le pilier technique (interopérabilité, sécurité) vont s’ouvrir très bientôt, mais la présidence italienne veut accélérer les discussions sur le volet politique du quatrième paquet. Le conseil des ministres européens des transports du 8 octobre va se pencher en particulier sur trois chapitres. Le premier concerne les avantages de la libéralisation du marché et sa compatibilité avec les obligations de service public. Il est notamment question de la durée de la période transitoire avant l’ouverture. Le deuxième chapitre concerne les mesures additionnelles d’accès au marché, d’accès aux stocks de matériels roulants et le renforcement des régulateurs. Enfin, troisième point, de nouvelles mesures sont nécessaires pour assurer l’accès au réseau ; de même, la transparence financière doit s’imposer quelle que soit la structure choisie (holding ou sociétés séparées).

FSI soutient la complète libéralisation du marché, y compris pour les contrats de service public. Plus longue sera la période transitoire, plus il est essentiel d’introduire une clause de réciprocité (possibilité pour un Etat-membre de refuser l’accès à son marché à un opérateur étranger ou à ses filiales dont le marché national est ouvert à moins de 50%). La France n’y est a priori pas favorable mais je vous rappelle qu’elle a approuvé ce principe de réciprocité en ce qui concerne l’ouverture des lignes internationales de voyageurs en 2010, à l’instar de tous les pays européens.

Nous plaidons aussi pour un régulateur européen dont le rôle consistera à garantir les mêmes conditions de marché partout en Europe car on ne peut faire fonctionner le marché unique avec 27 régulateurs nationaux. Autre sujet sensible concernant les contrats de service public : la transférabilité des personnels en cas de changement d’opérateur, en particulier si l’on passe d’un opérateur public à un opérateur privé. Cela pose notamment toute la question des conditions sociales faites aux cheminots.

Quelles sont les ambitions de FSI sur le marché français ?

Thello, notre joint venture ferroviaire avec Transdev, va ouvrir sa ligne Milan-Marseille à partir du 14 décembre : 30 nouveaux emplois pour la région PACA avant la fin de l’année. Cette liaison va comporter la desserte de neuf gares en France. Les trains qui seront mis sur cette ligne seront de type « Frecciabianca » : ils peuvent circuler à 200 km/h.

Parallèlement, Thello continue à assurer les services de nuit Paris-Venise. Pour l’avenir, le groupe FSI se prépare naturellement à aborder le marché européen des lignes à grande vitesse avec son future « Frecciarossa 1000 » conçu pour être opérable dans sept pays d’Europe continentale et donc d’obtenir son homologation en France. A cet égard, concernant la grande vitesse en France, nous sommes intéressés par la liaison Paris-Bruxelles. Un Milan-Paris n’est pas exclu, Trenitalia avait déjà demandé d’assurer ce service en 2009. La grande vitesse est bien notre priorité.

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